Crédits : LPSC
Production du premier faisceau avec le photogun de PERLE !
26 juin 2026
Le 11 mai 2026, l'équipe conjointe IJCLab–LPSC a produit le tout premier faisceau d'électrons avec le photogun de PERLE, accélérateur linéaire à récupération d'énergie en construction à Orsay. Une étape clé pour ce démonstrateur mondial, assortie d'une innovation environnementale notable : le remplacement du gaz SF6 par de l'azote dans le système haute tension.
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PERLE et le LPSC : un accélérateur de nouvelle génération
PERLE (Powerful Energy Recovery Linac for Experiments) est un projet d'accélérateur linéaire à récupération d'énergie (Energy Recovery Linac ou ERL). Il comprend une première section pour produire et préparer les électrons sous forme de paquets temporels avant leur injection dans une section accélératrice linéaire. Après leur accélération et leur utilisation, les paquets de faisceaux en circulation dans la machine restituent leur énergie pour accélérer les paquets de faisceaux suivants, nouvellement injectés dans l'accélérateur : c'est le principe de l'ERL. Ce concept permet de minimiser la consommation énergétique en fonctionnement continu de l'installation. PERLE a pour but de construire et mettre en œuvre le démonstrateur d'accélérateur d'électrons de type ERL le plus puissant au monde, sur le site d'Orsay à IJCLab.
Le LPSC travaille sur le projet d'accélérateur à récupération d'énergie PERLE depuis 2022. Progressivement, la contribution du LPSC s'est accrue au cours des années pour atteindre une douzaine de personnes maintenant. Nous sommes impliqués sur la source d'électrons, l'évaluation de la consommation énergétique, la dynamique de faisceau, les coupleurs de puissance, les moniteurs de position et les aimants.
La toute première brique de cet accélérateur est la source de production des électrons, qui a pour but de générer des paquets très intenses d'électrons (500 pC) à une fréquence de 40 MHz, soit 20 mA de courant moyen, pour injecter continuellement l'ERL. La mise en œuvre de cette source d'électrons est menée par une équipe conjointe IJCLab–LPSC, dirigée par le LPSC. Cette source est un canon à tension continue permettant la production d'électrons par photoémission (DC photogun) : les électrons sont produits par une surface émettrice d'électrons (photocathode) sous l'illumination d'un laser de longueur d'onde adaptée, puis accélérés sous l'effet d'une haute tension. Ce photogun est développé dans le cadre d'un accord de collaboration avec la société allemande Research Instruments (RI GmbH). Le canon a été assemblé en salle propre, puis étuvé longuement pour atteindre un niveau de vide excellent (1E-11 mbar). Un conditionnement progressif de la haute tension a été réalisé. Un laser a été approvisionné (1 W, 515 nm, 40 MHz) et mis en œuvre pour transporter la lumière laser sur la photocathode. L'équipe a effectué le dépôt de la photocathode (CsK2Sb) dans un bâti dédié, atteignant une efficacité quantique de QE=6,5% (515 nm) puis inséré dans le canon.
Photogun et installation de préparation de photocathode dans la casemate blindée de l'igloo à IJClab (Orsay), crédits D. Longieras (CNRS/IJCLab)
Premier faisceau et innovation environnementale : deux succès en deux jours
Le 11 mai 2026, le premier test du faisceau a été effectué, à une haute tension limitée (200 kV) afin d'éviter tout problème potentiel lié à l'émission de champ. Le faisceau a été observé sur un écran YAG, et un premier réglage du faisceau ainsi que des mesures de profil ont été effectués.
Image du faisceau d'électrons visualié dans l'écran de diagnostic, CNRS/IJCLab
Le lendemain, un faisceau de 2,5 mA a été mesuré dans le diagnostic de mesure de courant (coupelle de Faraday), à haute tension et puissance laser réduites ce qui représente un excellent résultat.
Le système s'est révélé pleinement opérationnel, ce qui est encourageant pour son fonctionnement futur. De plus, l'équipe propose ici une innovation concernant le système haute tension du canon. Pour prévenir les claquages électriques, les photoguns à haute tension continue utilisent classiquement du gaz SF6 qui est un excellent isolant mais qui est aussi le gaz à effet de serre le plus puissant connu (24 000 fois plus puissant que le CO2). L'équipe a démontré, par des calculs puis par les essais, que de l'azote, gaz parfaitement neutre pour l'environnement, pouvait remplir ce rôle dans le cas de PERLE compte tenu des dimensions de l'installation. C'est un bénéfice important pour l'impact environnemental de l'installation.
Une fois les limitations actuelles en matière de haute tension résolues, la mise en service se poursuivra afin de caractériser le faisceau et d'augmenter son intensité pour étudier la charge et la durée de vie. Ces premiers résultats ont été présentés pour la première fois lors de l'IPAC26 (du 17 au 22 mai) à Deauville.