Forme et origine de l’Univers :
Regards philosophiques sur la cosmologie
Thème général :
L’Univers – pensé de façon syncrétique comme une unité
susceptible d’être décrite et perçue en tant que telle – est un objet d’étude
très singulier pour la Science de la Nature. Les spécificités méthodologiques
et conceptuelles associées à cette
démarche si particulière posent la question de la possibilité et du sens d’une
cosmologie physique. Les révolutions du vingtième siècle – mécanique quantique
et relativité générale – ont néanmoins permis l’émergence d’un nouveau
paradigme au sein duquel l’Univers peut être pensé et décrit de façon cohérente
depuis ses premiers instants jusqu’à la dynamique contemporaine. Conjointement
avec des observations de plus en plus précises et diversifiées, elles permirent
l’avènement du Big-Bang inflationnaire
comme « modèle standard » cosmologique. Dans ce cadre, l’âge de l’Univers, sa densité et
plusieurs paramètres fondamentaux pour sa description sont aujourd’hui connus
avec une excellente précision : la science du cosmos est entrée dans son
ère quantitative.
En contrepoint de ces succès, les incomplétudes et les
incohérences ne sont pas absentes de la démarche. L’essentiel du contenu de
l’Univers – énergie et matière noire – est de nature strictement inconnue et
résiste à toute tentative de détection ou de caractérisation directe. La
description des temps les plus reculés nécessite le recours à une théorie
quantique de la gravitation qui fait aujourd’hui défaut dans une forme consensuelle.
L’unicité de l’Univers est elle-même remise en question par l’hypothèse
controversée d’une structure de « multivers » qui imposerait une
déconstruction profonde de notre conception de la physique. Le Cosmos est
simultanément objet d’étude et laboratoire privilégié : il requiert un
modèle de physique des hautes énergies et de gravitation pour être décrit mais
permet également de sonder et de tester ces théories fondamentales. Cette
richesse est aussi une tension qui rend l’étude particulièrement sensible aux
hypothèses sous-jacentes et aux présupposés souvent passés sous silence.
Plus que jamais, un questionnement philosophique sur les cent années écoulées depuis la naissance de la cosmologie moderne mérite d’être dressé. Il s’agirait d’une enquête philosophique portant notamment sur la question de savoir si les interrogations cosmologiques demeurent ou non (comme Kant, mais aussi Bachelard le pensaient) aporétiques, d’une enquête épistémologique sur les méthodes qui ont permis le développement de cette discipline et en marquent la spécificité, sur les connaissances dont nous disposons aujourd’hui et sur ce qu’elles permettent ou non d’inférer philosophiquement, enfin d’une enquête scientifique sur l’état de l’art observationnel et théorique. Existe-t-il une continuité entre le geste cosmogonique ou théogonique ancien et les modèles contemporains ? La porosité mythique de cette science singulière s’est-elle définitivement évanouie ? Notre représentation du monde – si tant est que la physique représente une réalité qui lui soit extérieure – se trouve-t-elle à un point tournant ouvrant vers un nouveau paradigme ?
PS. Ce colloque se tiendra à l’Université Jean Moulin - Lyon III, devant un public de formation principalement non-scientifique. Nous demandons donc aux participants, qui doivent naturellement pouvoir faire appel à toutes les ressources théoriques de leurs disciplines, de bien vouloir cependant limiter, voire éviter, les développements trop techniques