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L'observatoire Pierre Auger remonte aux sources des rayons cosmiques d'énergie extrême.

 

8 november 2007

MALARGÜE, Argentine. Les chercheurs de la collaboration Pierre Auger ont annoncé aujourd’hui (le 8 novembre) que les noyaux actifs de galaxies sont probablement à l’origine des rayons cosmiques d’énergie extrême qui bombardent la terre. Auprès de l’Observatoire Pierre Auger en Argentine, le plus grand détecteur de rayons cosmiques du monde, un groupe de chercheurs de 17 pays a découvert que les directions d’arrivée de ces rayons cosmiques ne sont pas distribuées de façon uniforme dans le ciel. Les résultats d’Auger montrent que l’origine de ces particules mystérieuses coïncide avec la position des galaxies proches qui ont un noyau actif dans leur centre. Ces résultats, point de départ d’une nouvelle astronomie seront publiés dans le journal Science du 9 novembre.


 
CentaureA
Image de la galaxy Centaure A prise par le télescope Cerro Tololo. Deux rayons cosmiques de trés haute énergie pointant vers son noyau actif ont été mesuré par Auger. Crédit : National Optical Astronomy Observatories

La plupart des galaxies ont un trou noir super massif (plusieurs millions de fois la masse du soleil) en leur centre, qui dévore la matière alentour en quantités gigantesques. Au centre de certaines galaxies il y a un noyau exêmement brillant : on parle alors d'une galaxie à noyau actif (AGN en anglais pour Active Galactic Nuclei). Ces objets sont les sources de lumière les plus puissantes de l'Univers. Dans certains cas, l'effondrement vers le trou noir central des gazs, de la poussière et des étoiles de la galxie hôte s'accompagne d'émisions spectaculaires de matière sous forme de jets de milliards de kilomètres de longueur. Les rayons cosmiques pourraient être le produit de collisions dans ces jets monumentaux... Néanmoins le processus qui permettrait d’accélérer des particules jusqu’à des énergies qui dépassent 100 millions de fois les énergies atteintes par les accélérateurs de particules terrestres reste toujours un mystère.


« Nous avons fait un grand pas en avant dans l’élucidation du mystère de la nature et de l’origine des rayons cosmiques d’ultra-haute énergie » indique le prix Nobel de Physique James Cronin de l’Université de Chicago, qui est à l’origine avec Alan Watson de l’Université de Leeds et Murat Boratav de l’IN2P3/CNRS et de l’Université de Pierre et Marie Curie, de l’Observatoire Pierre Auger. « C’est une découverte fondamentale, dans quelques années, nos données permettront d’identifier les sources exactes de ces rayons cosmiques et de dire comment ces sources pourront accélérer ces particules. » ajoute-t-il.


Les rayons cosmiques sont des protons ou des noyaux atomiques qui traversent notre univers à une vitesse proche de celle de la lumière. En 1938, Pierre Auger et ses collaborateurs ont montré pour la première fois que lorsque ces rayons entrent en collision avec la haute atmosphère de notre planète, ils créent une cascade de particules secondaires, appelée gerbe atmosphérique, qui peut s’étendre sur de grandes zones lorsqu’ elle arrive au sol.


 
Detecteur
L'observatoire Pierre Auger. En haut une des 4 stations de fluorescence, en bas un des 1600 déteteurs de particules.

L’Observatoire Pierre Auger détecte ces gerbes atmosphériques, à l’aide d’un réseau de 1600 détecteurs de particules répartis sur une surface de 3000 km2. Vingt-quatre télescopes captent en même temps la lumière de fluorescence produite par la gerbe lors de son passage dans l’atmosphère. L’association de détecteurs de particules et de fluorescence permet une étude optimale et très précise de ces gerbes qui peuvent s’étaler sur plus de 40 km2.


Les rayons cosmiques de basse énergie sont abondants et proviennent de toutes les directions, pour la plupart de notre propre galaxie, la Voie Lactée. Jusqu’à aujourd’hui la seule source de rayons cosmiques connue avec certitude est le soleil. Les rayons cosmiques provenant d’autres sources possibles, telle que l’explosion des étoiles, sont déviés lors de leur voyage vers la terre de sorte qu’il est très difficile de déterminer leur origine. En revanche, les rayons cosmiques d’ultra hautes énergies sont peu déviés et peuvent pointer vers leur source.


Alors que l’Observatoire a détecté plus d’un million de rayons cosmiques, seuls 81 d’entre eux ont une énergie supérieure à 4x1019 (un 4 suivit de 19 zéros) électrons-Volts, ou 40 EeV, seuil à partir duquel la direction d’arrivée pointe vers la source. Ce nombre est cependant le plus grand nombre de rayons cosmiques d’ultra haute énergie jamais détecté à ce jour. En effet à ces énergies, le flux de rayons cosmiques est très faible, environ un par km2 et par siècle.


Les rayons cosmiques d’énergie supérieure à environ 60 EeV perdent leur énergie dans des collisions avec le fond cosmique micro-onde et le rayonnement fossile du Big Bang qui remplissent tout l’univers. Ainsi pour atteindre la terre avec une énergie supérieure, les rayons cosmiques ne doivent pas faire un voyage trop long jusqu’à nous. Les chercheurs de la collaboration Auger ont découvert que les 27 événements avec une énergie supérieure à 60 EeV ne proviennent pas de façon égale de toutes les directions du ciel et que la plupart d’entre eux pointent vers les positions des AGN les plus proches, à moins de quelques centaines de millions d’années de lumière de nous.

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Représentation de la sphère céleste en coordonnées galactiques (projection Aitoff) montrant les directions d'arrivée des 27 rayons cosmiques les plus énergétiques détectés par Auger. Les énergies sont supérieures à 57 X 1018 eV. les directions d'arrivée sont représentées par des cercles de rayon 3,1° et la position de 472 AGNs situées à moins de 75 megaparsecs par des * rouges. La région bleue correspond à la zone d'observation d'Auger et la zone plus foncée indique une exposition plus grande. Le plan supergalactique est indiqué par une courbe en pointillé. Ce plan correspond à une zone dans laquelle il y a une concentration de galaxies proches.


« Ce résultat ouvre une nouvelle fenêtre sur l’univers proche et démarre l’astronomie des rayons cosmiques » dit Alan Watson, porte-parole de la collaboration Pierre Auger. «  En accumulant de plus en plus de données nous pouvons étudier les galaxies individuelles de façon détaillée avec une méthode complètement nouvelle. Comme nous l’avions anticipé, notre observatoire est en train de produire une nouvelle image de l’univers basée sur des rayons cosmiques à la place de lumière. » 


L’astronomie des rayons cosmiques est un défi car les rayons cosmiques de basse énergie ne donnent pas d’information sur la position de leur source et ceux d’énergie extrême sont très rares. Leur étude nécessite un observatoire gigantesque. L’Observatoire Auger, avec ses 3000 km2, permet d’enregistrer environ 60 événements par an au delà de 60 EeV. La construction d’un deuxième observatoire dans l’hémisphère nord est indispensable pour compléter ces études, d’autant qu’il existe d’avantage d’AGN dans cette partie du ciel.


 
Timbre
Timbre de 0,75 peso émis en l'honneur de l'Observatoire Pierre Auger.

Le site sud de l’Observatoire Pierre Auger a été construit par plus de 370 chercheurs et ingénieurs de 17 pays. C’est une collaboration véritablement internationale où aucun pays ne contribue plus de 25% des coûts de construction pour un total de 54 millions de dollars. Les noms des agences de financement ainsi que les noms de laboratoires participants sont donnés ici .


Le début de la construction du site sud de l’Observatoire a eu lieu le 17 mars, 1999, dans la province de Mendoza, en Argentine. Après une période d’installation et de tests des détecteurs, la prise de données a démarré en janvier 2004. « L’Argentine est ravie d’être le pays hôte de cette aventure scientifique unique », dit Alberto Etchegoyen, du Laboratoire Tandar à Buenos Aires et porte parole de l’Observatoire Sud. Il ajoute : « et maintenant si on regarde en arrière et que l’on mesure tous nos efforts, on a un sentiment de gratitude et de respect envers tous les membres de la collaboration qui se sont souciées de tous les détails et nous ont conduit à l’annonce d’aujourd’hui. »


Le nom de L’observatoire est un hommage à Pierre Auger (1899-1993) chercheur Français qui a été le premier à observer les gerbes atmosphériques produites par l’interaction des rayons cosmiques avec l’atmosphère terrestre.


Embargo jusqu’au 8 novembre 2007, 20h heure de Paris.

Pour obtenir une copie de l’article contacter Science Magazine
+1-202-326-6440 ou scipak@aaas.org


Contacts :

Antoine Letessier-Selvon, Laboratoire de Physique Nucléaire et des Hautes Energies, IN2P3/CRNS, Universités Pierre et Marie Curie et Denis Diderot, 75252 Paris Cedex 05 Antoine.letessier-Selvon@in2p3.fr, 01 44 27 73 31

TiinaSuomijärvi, Institut de Physique Nucléaire, IN2P3/CNRS, Université de Paris Sud – Orsay, 91406 Orsay, tiina@ipno.in2p3.fr,01 69 15 79 43


Des photos sont disponibles sur : http://www.auger.org/media


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